
Jérôme Lefdup est un artiste majeur de la création numérique, il nous paraît important de signaler que sa discipline d’origine est la musique, spécificité que l’on peut ressentir dans toute son oeuvre. Cette idée d’un regard extérieur et singulier (de musicien) sur l’« objet» numérique imprègne toute sa créativité. La musique tient une place centrale dans ses réalisations, elle est l’origine de son travail vidéo-graphique.La musique est littéralement retranscrite par l’image, elle est représentée de la manière la plus simple, sans fioriture. La musique se voit. Les notes se matérialisent en images, se recomposent dans l’espace et le temps, elles n’accompagnent pas l’image, elles sont « image ».Cette création à la dimension expérimentale aux techniques plurielles et hétéroclites s’adosse à une connaissance savante de la nature des images, une maestria.Dans le jeu des rencontres et mixages, nous serons volontiers complices de ce travail ludique.

C’est devant un écran vert, que nous nous sommes incrustés pour qu’il nous éclaire sur son travail.
JL : Comment définir mon travail ?… avec difficulté. J’ai fait pas mal de choses variées, souvent selon les opportunités. Pendant plusieurs années, j’étais artiste vidéo, puis réalisateur d’émissions télé, d’animations…tout ce qui renvoie aux images et au son…, de VJing, d’animations de concert pour une chanteuse, de clips… un peu dans tous les sens.
Mais, qu’est ce qui a bien pu vous amener à l’univers de la vidéo ?
JL : J’ai fait les art-déco pour être décorateur spécialisé en vidéo mais à l’époque, cela ne débouchait sur rien. J’ai la chance d’avoir débuté à une époque où il fallait innover, définir des nouvelles pratiques avec l’arrivée du PC. Finalement, c’est le hasard plus que la nécessité qui m’a amené à faire ce que je fais.
Et la musique alors, son rôle dans tout ça ?
JL : La vidéo reprend les mêmes processus que la musique, c’en est toujours, ce sont les mêmes règles, quelque chose que l’on perçoit dans la durée, avec un certain rythme.
A l’origine, qu’est ce qui déclenche alors cette créativité ?
JL : Un gros pétard ! (rire)…Mes premiers films sont directement inspirés de la photo stéréoscopique. Par ailleurs à propos du Vjing, il s’agit de partir d’une palette de mouvements de personnages, formes ou images. Et puis il y a aussi l’idée de faire de la musique visuelle. J’aime bien faire feu de tous bois
Mais alors, que signifie véritablement le terme, un peu « barbare » (pour nous étudiants en architecture) de VJing ?
JL : J’en fais tous les jours depuis 25 ans alors qu’à l’époque il n’y avait même pas encore de nom pour le désigner. Maintenant, c’est très simple, le VJing : c’est de la vidéo en direct dans un décor visuel et festif (de la live vidéo), c’est jouer de la vidéo comme on joue de la guitare.
Nous n’avons jamais connu la télévision avec laquelle vous avez grandi, ni celle que vous projetiez ; ainsi que pensez-vous de la télé d’aujourd’hui et son évolution ?
JL : On est content d’y trouver de l’argent, cependant en tant que média actuel, c’est nul. J’étais fan de la télé dès le biberon, j’y croyais. Maintenant, je ne l’ai plus depuis 5 ans ! Elle est devenue une boîte à stars, et une banque pour la création. On a beau acheter des écrans de plus en plus larges, l’image proposée de nos jours est dix fois plus pourrie qu’avant !
Et l’architecture dans tout ça ?
JL : J’ai pu expérimenter la technique de mapping (projections sur surfaces en relief) dans la création d’un concert d’Alicia Keys. Un gros show à l’américaine, c’est sûrement applicable à l’architecture.
Satisfaits de cet échange, nous avons laissé Jérôme retrouver les étudiants de l’animation chaînée qu’il encadre. « Tous super balèzes, ce sont eux qui m’encadrent ! » plaisante t-il. On ne peut que leur souhaiter de devenir des futurs Lefdup.
